Heavy Rain Heaaaavy raiiiin...
J'aime beaucoup Prince.
Hier était une soirée vraiment hors du commun. Normalement le mardi soir, je rentre chez moi après une dure journée de labeur, j'enlève mes chaussures plates (le métro parisien a eu raison de
moi), je mets en marche ma Tv, reste lobotomisée devant les désormais 45 minutes de pub habituelles du Grand Journal, puis mange devant une série avec mon homme, avant que l'un ou l'autre ne se
décide à déclencher les foudres virtuelles.
Hier était donc une soirée vraiment hors du commun.
J'étais invitée à l'avant première de Heavy Rain, se déroulant dans un cinéma avenue des Champs-Élysées. Afin de répondre à la "tenue de cocktail" du carton, je mettais mes plus beaux apparats,
fardais mes paupières de violet, poudrais mes joues, vêtissait mon majeur d'un diamant, et enfilais finalement mes talons vertigineux entre deux arrêts de la ligne 9.
Arrivée sur place, le chapiteau était dressé, le tapis rouge déroulé, et je m'efforçais à surtout ne pas parler trop fort de peur qu'une caméra du Petit journal soit présente. Peur partagée par
une grande majorité de la file de journalistes, et autres représentants du jeu vidéo.
Je marque ici une courte pause pour insister sur la température polaire d'hier soir (1h d'attente dehors n'aidant pas). Avec mes petits doigts de pied qui frôlaient la nécrose de froid, et mes
gants sans bout de doigt (iPhone oblige), il va sans dire que j'avais hâte de me faufiler à l'intérieur de la soirée.
Mon bracelet bleu au poignet, je pénétrais ainsi dans l'antre de la fête. Une salle remplie de gens beaux qui sentaient bon, Sinclair à ma gauche, Bruce Toussaint à ma droite, je trouvais ma vie
géniale. Quelques minutes plus tard, après qu'une mannequin à tomber par terre et un homme imposant à l'air menaçant me soient passés devant au vestiaire (les acteurs du jeu en fait), je
rejoignais ma place dans une immense salle de cinéma, pour assister (sandwich, muffin et bouteille d'eau à mes pieds) à la conférence Heavy Rain suivie de la projection de 50 minutes de
cinématique du jeu. Spoil ou pas.
Avant d'arriver à la soirée, je partais avec un mauvais a priori sur le jeu. J'avais eu beaucoup de mal avec les script incessants, la linéarité d'Uncharted 2 et de Modern Warfare 2 et avais du
mal à intégrer le concept d'une film intéractif ou d'un jeu-cinématique. Mais je le répète, il faisait chaud, les gens sentaient bon, tout ça.
Je pense avoir vécu un des meilleurs moments de ma vie, et atteint l'apogée d'un vice inavouable : plus encore que de jouer, j'ai toujours secrètement adoré regarder quelqu'un d'autre le faire à
mes côtés à ma place. D'où je viens on appelle ça de la flemme. Hier, c'est devant plusieurs centaines de personnes que ma "flemme" a été rebaptisée avenir de l'industrie cinématographique et du
jeu vidéo.
J'aurais aimé rester là, assise toute la nuit à regarder cet être invisible contrôler les personnages successifs sur grand écran entourée de personnes qui comme moi y trouvent de l'intérêt.
J'aurais aimé rester là toute la nuit à boire du Taittinger en parlant FPS, RPG et actualité virtuelle. J'aurais aimé rester là toute la nuit à méditer sur le chemin parcouru par l'industrie du
jeu vidéo, hobbie honteuse de passionnés il y a 25 ans, et phénomène hype servi en talons hauts sur canapé aujourd'hui.
J'aurais aimé rester là toute la nuit, alors une hôtesse s'est approchée de moi et m'a tendu le jeu vidéo...
...J'ai donc passé la nuit chez moi. Je regarde en ce moment l'installation se terminer. Adieu champagne, retour au thé. J'ai rangé mes high heels, et enfilé mes chaussettes American Apparel.
Chassez le naturel, il revient au galop : mais ce soir, j'ai un tueur à origamis à attraper.